Féminisme en musique

A l'heure du #MeToo et de l'ultra-sexualisation des icônes pop, il n'est jamais trop tard pour s'intéresser à la place de la femme et ses combats dans l'histoire de la culture pop. De Madonna à Beyonce en passant par Nina Hagen, petit retour en arrière sur l’impact de ces artistes féminines à travers les décennies. Phénomène de mode ou réelle évolution culturelle de notre société ?

 

SWEET SIXTIES

Si les années 60 sont synonymes de summer of love, d'hédonisme et de libération sexuelle, dans l'industrie musicale et dans le public, le phénomène des groupies explose. On se souvient des cris déchainés lors des prestations des Beatles, rendant à peine audibles les concerts. Les musiciens comme Brian Jones et Mick Jagger deviennent des sex symboles et le défilé des groupies devient monnaie courante. Certaines deviendront célèbres comme Pamela Des Barres et les Plaster Caster (qui moulaient littéralement les attributs de musiciens célèbres pour leurs collections), mais si l'on peut citer les chanteuses folk comme Joan Baez, Joni Mitchell ou encore Nico et Marianne Faithfull, les femmes musiciennes sont encore très peu sur le devant de la scène.

La Beatles Mania
La Beatles Mania
Pamela Des Barres
Pamela Des Barres

GLAMOUR A MORT

Les années 70 vont voir les choses évoluer: l'arrivée du glam rock met l'androgynie au goût du jour, David Bowie joue des codes masculin/féminin et questionne le genrisme. Cette décennie d'excès et de paillettes ne pouvait donner naissance qu'au disco et à des artistes féminines ultra sexualisées comme Diana Ross. La femme devient glamour et objet de fantasme, les corps s'émancipent mais il faudra attendre la fin de la décennie et l'arrivée d'artistes comme Patti Smith pour libérer encore un peu plus la parole des femmes et leur donner une place dans une industrie musicale encore dominée par les hommes.

C'est l'arrivée du punk, à la fin des années 70, qui va tout chambouler. Le mouvement n'est plus seulement tenu par des hommes mais on retrouve dans les groupes plusieurs femmes comme Debbie Harry avec Blondie et des formations 100% féminines comme les Slits, et surtout les Runaways menés par Joan Jett, version féminine des Ramones, qui laisse entendre des orgasmes féminins sur leur « Cherry Bomb ». En Europe, Nina Hagen et Siouxie deviennent des icônes punk provocatrices et libérées.

Debbie Harry
Debbie Harry
Diana Ross
Diana Ross
The Slits
The Slits

ITALIAN DO IT BETTER

Dans les années 80, une petite américaine d'origine italienne va révolutionner la pop music pour toujours. Fraichement débarquée à New York avec 35 dollars en poche, Madonna sait ce qu'elle veut et va le faire savoir. En très peu de temps, elle se hisse aux sommets des charts et devient un modèle féminin pour de nombreuses adolescentes. A grands coups de provocations et de prises de paroles, elle érige fièrement son corps comme arme de pouvoir et la controverse (clips censurés à l'appui) comme marque de fabrique. Elle et des artistes comme Cindy Lauper, donnent le ton pour les prochaines décennies à venir dans la pop music.

SMELLS LIKE GIRLS SPIRIT

Dans les années 90, le mouvement Riot Grrrls mené par Kathleen Hannah et ses Bikini Kills définissent le féminisme et la prise du pouvoir des femmes de manière plus agressive en prônant le Do It Yourself. L7 avec  le mur de guitares saturées, jouent plus fort que les hommes, prônent leur indépendance, leur haine du patriarcat et d'une société américaine aux structures familiales de plus en plus explosées. La déesse du grunge, Courtney Love, s' imposera dans les charts avec Hole, cette esthétique trash avec son franc parlé qui contraste avec les divas de la pop mainstream.

GIRL POWER !

Initié par Madonna et Cindy Lauper à la fin des eighties, l' « empowerment » au féminin définira nombre de chanteuses : Britney Spears, Gwen Stefani ou encore Cristina Aguilera défendent leur indépendance et leur réussite.

En 1996, les Spice Girls et leur Girl Power souhaitent dire haut et fort que ce sont les femmes qui définissent les règles de la pop et au-delà : un phénomène qui devient mondial, parmi les plus grosses ventes de disques auprès des adolescentes, les Spice Girls sensibilisent clairement au combat féministe.

Madonna
Madonna
Bikini Kill
Bikini Kill
Spice Girls
Spice Girls

FEMMES FATALES

En ce nouveau millénaire, Le Tigre, avec Katheen Hannah, prend le relai d'un féminisme indépendant teinté de fun alors que Britney Spears et Cristina Aguilera jouent les lycéennes en tête des charts. Une schizophrénie s'empare alors de la pop : peut-on revendiquer ses droits en tant que femme et parader en objet sexuel ? Beyonce offrira un début de réponse avec « Im' a single lady » tube incandescent qui la place en célibattante accomplie et forte.

RUN THE WORLD (GIRLS)

En 2011, Beyonce sort son tube « Run The World (Girls) » hymne repris dans les manifestations féministes à travers le monde, remplaçant au passage l'hymne du MLF, message on ne peut plus explicite sur l'émancipation des femmes. Glamour et sexualisé, son féminisme redonne un lifting au visage old school du féminisme des décennies précédentes. Trois ans plus tard, Queen B réitère ce qui deviendra l'un de ces principaux discours en étalant en lettres gigantesques « Feminist » lors de sa performance aux MTV Music Awards, le féminisme sera d'ailleurs le concept principal de son 5ème album (et son single « Flowless » où l'on entend un extrait d'une conférence de l'écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie (connue pour son ouvrage « We Should All Be Feminst » slogan qui sera repris pour un t-shirt chez Dior, notamment porté par Rihanna.

ET MAINTENANT ?

Depuis octobre 2017 et l'affaire Weinstein, le hastag #MeToo a libéré la parole des femmes face aux agressions sexuelles : Angèle et son tube « Balance ton quoi » offre une version contemporaine et intime du féminisme à l'ère du #MeToo. La rappeuse Chilla avec « Sale Chienne » donne une version plus crue du féminisme qui plait aux millennials. On peut également citer Clara Luciani et son titre « La Grenade », Pomme qui parle ouvertement d'homosexualité féminine et Suzane qui dénonce le harcèlement sexuel. Aux Etats-Unis, l’hyper-sexualisation de Cardie B et de Nikki Minaj définissent ce nouveau féminisme dans le rap.