đŸ™‹đŸœ FĂ©minisme en musique

A l'heure du #MeToo et de l'ultra-sexualisation des icĂŽnes pop, il n'est jamais trop tard pour s'intĂ©resser Ă  la place de la femme et ses combats dans l'histoire de la culture pop. De Madonna Ă  Beyonce en passant par Nina Hagen, petit retour en arriĂšre sur l’impact de ces artistes fĂ©minines Ă  travers les dĂ©cennies. PhĂ©nomĂšne de mode ou rĂ©elle Ă©volution culturelle de notre sociĂ©tĂ© ?

 

SWEET SIXTIES

Si les années 60 sont synonymes de summer of love, d'hédonisme et de libération sexuelle, dans l'industrie musicale et dans le public, le phénomÚne des groupies explose. On se souvient des cris déchainés lors des prestations des Beatles, rendant à peine audibles les concerts. Les musiciens comme Brian Jones et Mick Jagger deviennent des sex symboles et le défilé des groupies devient monnaie courante. Certaines deviendront célÚbres comme Pamela Des Barres et les Plaster Caster (qui moulaient littéralement les attributs de musiciens célÚbres pour leurs collections), mais si l'on peut citer les chanteuses folk comme Joan Baez, Joni Mitchell ou encore Nico et Marianne Faithfull, les femmes musiciennes sont encore trÚs peu sur le devant de la scÚne.

La Beatles Mania
La Beatles Mania
Pamela Des Barres
Pamela Des Barres

GLAMOUR A MORT

Les années 70 vont voir les choses évoluer: l'arrivée du glam rock met l'androgynie au goût du jour, David Bowie joue des codes masculin/féminin et questionne le genrisme. Cette décennie d'excÚs et de paillettes ne pouvait donner naissance qu'au disco et à des artistes féminines ultra sexualisées comme Diana Ross. La femme devient glamour et objet de fantasme, les corps s'émancipent mais il faudra attendre la fin de la décennie et l'arrivée d'artistes comme Patti Smith pour libérer encore un peu plus la parole des femmes et leur donner une place dans une industrie musicale encore dominée par les hommes.

C'est l'arrivée du punk, à la fin des années 70, qui va tout chambouler. Le mouvement n'est plus seulement tenu par des hommes mais on retrouve dans les groupes plusieurs femmes comme Debbie Harry avec Blondie et des formations 100% féminines comme les Slits, et surtout les Runaways menés par Joan Jett, version féminine des Ramones, qui laisse entendre des orgasmes féminins sur leur « Cherry Bomb ». En Europe, Nina Hagen et Siouxie deviennent des icÎnes punk provocatrices et libérées.

Debbie Harry
Debbie Harry
Diana Ross
Diana Ross
The Slits
The Slits

ITALIAN DO IT BETTER

Dans les années 80, une petite américaine d'origine italienne va révolutionner la pop music pour toujours. Fraichement débarquée à New York avec 35 dollars en poche, Madonna sait ce qu'elle veut et va le faire savoir. En trÚs peu de temps, elle se hisse aux sommets des charts et devient un modÚle féminin pour de nombreuses adolescentes. A grands coups de provocations et de prises de paroles, elle érige fiÚrement son corps comme arme de pouvoir et la controverse (clips censurés à l'appui) comme marque de fabrique. Elle et des artistes comme Cindy Lauper, donnent le ton pour les prochaines décennies à venir dans la pop music.

SMELLS LIKE GIRLS SPIRIT

Dans les annĂ©es 90, le mouvement Riot Grrrls menĂ© par Kathleen Hannah et ses Bikini Kills dĂ©finissent le fĂ©minisme et la prise du pouvoir des femmes de maniĂšre plus agressive en prĂŽnant le Do It Yourself. L7 avec  le mur de guitares saturĂ©es, jouent plus fort que les hommes, prĂŽnent leur indĂ©pendance, leur haine du patriarcat et d'une sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine aux structures familiales de plus en plus explosĂ©es. La dĂ©esse du grunge, Courtney Love, s' imposera dans les charts avec Hole, cette esthĂ©tique trash avec son franc parlĂ© qui contraste avec les divas de la pop mainstream.

GIRL POWER !

Initié par Madonna et Cindy Lauper à la fin des eighties, l' « empowerment » au féminin définira nombre de chanteuses : Britney Spears, Gwen Stefani ou encore Cristina Aguilera défendent leur indépendance et leur réussite.

En 1996, les Spice Girls et leur Girl Power souhaitent dire haut et fort que ce sont les femmes qui définissent les rÚgles de la pop et au-delà : un phénomÚne qui devient mondial, parmi les plus grosses ventes de disques auprÚs des adolescentes, les Spice Girls sensibilisent clairement au combat féministe.

Madonna
Madonna
Bikini Kill
Bikini Kill
Spice Girls
Spice Girls

FEMMES FATALES

En ce nouveau millĂ©naire, Le Tigre, avec Katheen Hannah, prend le relai d'un fĂ©minisme indĂ©pendant teintĂ© de fun alors que Britney Spears et Cristina Aguilera jouent les lycĂ©ennes en tĂȘte des charts. Une schizophrĂ©nie s'empare alors de la pop : peut-on revendiquer ses droits en tant que femme et parader en objet sexuel ? Beyonce offrira un dĂ©but de rĂ©ponse avec « Im' a single lady » tube incandescent qui la place en cĂ©libattante accomplie et forte.

RUN THE WORLD (GIRLS)

En 2011, Beyonce sort son tube « Run The World (Girls) » hymne repris dans les manifestations fĂ©ministes Ă  travers le monde, remplaçant au passage l'hymne du MLF, message on ne peut plus explicite sur l'Ă©mancipation des femmes. Glamour et sexualisĂ©, son fĂ©minisme redonne un lifting au visage old school du fĂ©minisme des dĂ©cennies prĂ©cĂ©dentes. Trois ans plus tard, Queen B rĂ©itĂšre ce qui deviendra l'un de ces principaux discours en Ă©talant en lettres gigantesques « Feminist » lors de sa performance aux MTV Music Awards, le fĂ©minisme sera d'ailleurs le concept principal de son 5Ăšme album (et son single « Flowless » oĂč l'on entend un extrait d'une confĂ©rence de l'Ă©crivaine nigĂ©riane Chimamanda Ngozi Adichie (connue pour son ouvrage « We Should All Be Feminst » slogan qui sera repris pour un t-shirt chez Dior, notamment portĂ© par Rihanna.

ET MAINTENANT ?

Depuis octobre 2017 et l'affaire Weinstein, le hastag #MeToo a libĂ©rĂ© la parole des femmes face aux agressions sexuelles : AngĂšle et son tube « Balance ton quoi » offre une version contemporaine et intime du fĂ©minisme Ă  l'Ăšre du #MeToo. La rappeuse Chilla avec « Sale Chienne » donne une version plus crue du fĂ©minisme qui plait aux millennials. On peut Ă©galement citer Clara Luciani et son titre « La Grenade », Pomme qui parle ouvertement d'homosexualitĂ© fĂ©minine et Suzane qui dĂ©nonce le harcĂšlement sexuel. Aux Etats-Unis, l’hyper-sexualisation de Cardie B et de Nikki Minaj dĂ©finissent ce nouveau fĂ©minisme dans le rap.