Le jour où le hip hop a croisé le rock

Dans les eighties, aimer une musique c'était aussi adhérer à un groupe avec ses codes vestimentaires, son jargon et ses idéaux. Si les deux styles prédominants étaient le heavy metal et le hip hop, ces deux entités ne devaient pas forcément être amenées à se côtoyer question d’éthique idiote, peut être, et pourtant...Petit retour en arrière sur ce mariage au départ impossible !

 

RICK RUBIN, LE GRAND MANITOU

Si on devait nommer un prêtre pour célébrer ce mariage, ce serait à l'évidence le producteur Rick Rubin. Autant fan de punk rock que de hip hop, le new-yorkais a l'idée folle de faire collaborer le groupe de hard rock Aerosmith avec les rappeurs de Run DMC. Résultat, cette première rencontre officielle entre le rock et le hip hop devient un hymne planétaire et relance au passage la carrière du groupe de Steven Tyler. Fort de cette expérience, le producteur prend sous son aile les jeunes Beastie Boys et produit l'album « Licence To III » en 1986, qui devient l'un des albums de hip hop le mieux vendu pendant les années 80, fait par trois blancs venus du...punk rock. Avec le titre « (You gotta) Fight for your Right (to party) » à l'humour potache, le groupe passe en rotation lourde sur la jeune chaîne MTV et la longue carrière des Beastie est lancée. La deuxième rencontre officielle se fera en 1991 entre le groupe de trash metal Anthrax et le hip hop de Public Enemy. « Bring The Noise» va encore plus loin dans le mélange en utilisant une rythmique ultra rapide. Ce succès amènera les deux groupes, aux publics différents, à faire une tournée qui sera un carton, et annoncera les prémices du succès de cette fusion.

Aerosmith x Run DMC
Aerosmith x Run DMC
Beastie Boys
Beastie Boys

B.O CULTE

En 1993 sort le film de Stephen Hopkins, « Judgement Night », mais la surprise n'est pas sur les écrans : les producteurs de la bande originale ont l'idée de génie de faire cohabiter la crème du hip hop et du rock/metal de l'époque. Résultat, on y retrouve Slayer avec Ice T, Helmet et House of Pain, Pearl Jam et Cypress Hill ou encore Teenage Fanclub et De La Soul. A noter que les producteurs renouvelleront l’expérience 4 ans plus tard mais avec des groupes électro et metal pour la bande originale de Spawn, une nouvelle B.O d'anthologie est créée.

UN LOSER DANS LES CHARTS

En 1994, Kurt Cobain nous quitte et le grunge perd en vitesse. Dans le même temps, Faith No More et Rage Against The machine battent le pavé. Ces derniers viennent d'accoucher d'une formule simple et efficace : un riff à la Led Zeppelin, un chanteur à la gouaille de Public Enemy et une rythmique groove. Cette équation donnera le ton pour la décennie. Le monde de l'indie n'est pas en reste : Chuck D de Public Enemy faisait déjà une apparition sur le titre « Goo » de Sonic Youth en 1990 et Beck caracole dans les charts avec son mélange de folk et de hip hop déglingué avec « Loser » au printemps 1994.

EN SURVET' A PAILLETTES EN PLEIN WOODSTOCK

L'arrivée de Korn sur le devant de la scène au milieu des nineties va accélérer les choses. Influencé notamment par la fusion du hip hop et metal de Faith More, le groupe mené par Jonathan Davis se fait rapidement une réputation et dépoussière le metal en y insufflant des grooves hip hop qui deviendront les normes dans le metal. Dans son sillage, pléthore de groupes se calquent sur cette nouvelle esthétique : Coal Chamber, Deftones et surtout Limp Biskit seront les nouvelles rock stars de cette fin de siècle, avec en point d'orgue un Woodstock 99 avec en tête d'affiche Korn, Kid Rock et Limp Biskit dans une ambiance de spring breakers en combo baggy/casquette de baseball.

Korn
Korn
Woodstock 99 | Limp Biskit
Woodstock 99 | Limp Biskit
Limp Biskit
Limp Biskit

GUEULE DE BOIS DE SPRING BREAKERS

Le bug de l'an 2000 n'aura pas lieu mais la mort de la fusion, oui.  Avec l'arrivée de groupes comme les Strokes, le rock de l'après 11 septembre est en recherche d'authenticité : fini les fringues Ecko et les énormes sneakers et bienvenue aux jeans slim et aux converses dans les clips. Malgré quelques titres notables du mariage des genres comme le « Rock Superstar » de Cypress Hill en 2000, le futur se tourne vers le passé, et les artistes comme Kid Rock sont moins plébiscités. Les Etats-Unis, traumatisés par le 11 septembre rétrogradent et replongent leur rock dans le passé, il devient glamour et se forge une image romantique à 10 000 lieux de l'ambiance spring breakers des clips de Limp Biskit, tandis que le hip hop vit son âge d'or et devient ultra créatif (et lucratif), et n'a plus besoin de s'acoquiner avec des groupes metal ou de rock.

FACE TATOO ET T-SHIRT NIRVANA

Si la fusion entre rock et hip hop n'est plus au goût du jour, les deux styles s’influencent encore mais de manière plus subtile. La jeune génération de rappeurs a digéré énormément de styles et des rappeurs issus du soundcloud rap comme XXXtentation, liL Uzi Vert, Lil Peep, $uicideboy$ et Post Malone citent Marilyn Manson ou Kurt Cobain comme influences majeures. Les rappeurs sont devenus les nouvelles rock stars, et si le rock est toujours en recherche d'authenticité, le poids lourd hip hop est lui, toujours le style le plus prédominant dans les charts.

liL Uzi Vert
liL Uzi Vert
$uicideboy$
$uicideboy$
Post Malone
Post Malone