đŸ„»Musique et mode, un accord parfait

Il y aurait tant de choses Ă  dire sur la relation qui lie la mode Ă  la musique, et inversement. Et ce, depuis au moins un siĂšcle. En 1924, Coco Chanel rĂ©volutionnait les costumes de danse en habillant les danseurs du Train Bleu, un ballet russe inspirĂ© du livret de Jean Cocteau. Depuis, la mode n’a cessĂ© d’inspirer les stars de la chanson, les aidant parfois mĂȘme Ă  forger leur lĂ©gende. LumiĂšre sur ces artistes qui se sont affirmĂ©s par un sens du style unique.

 

JE M'HABILLE DONC JE SUIS

Il est bien naĂŻf de penser que l’aura d’un(e) artiste se rĂ©sume Ă  ses performances scĂ©niques ou Ă  ses chansons. C’est Ă©galement par leur forte identitĂ© que certains artistes parviennent Ă  marquer les esprits sur le long terme. Et notamment grĂące Ă  la mode, qui permet Ă  certain.e.s d’exprimer leur crĂ©ativitĂ© et singularitĂ©. Le chapeau emblĂ©matique de Slash, les tenues excentriques de Bowie, les costumes violets de Prince
 Ces dĂ©tails a priori secondaires ont contribuĂ© Ă  forger leur identitĂ©, Ă  les distinguer. 

Un style vestimentaire aussi important pour les artistes que pour les fans, pour lesquels il devient un moyen d’affirmer leur appartenance Ă  un groupe, dont ils partagent les mĂȘmes centres d’intĂ©rĂȘt. Prenons l’exemple des “Bobby-Soxers”. Ces adolescentes amĂ©ricaines fans des crooners comme Sinatra se sont mises, dans les annĂ©es 40, Ă  imiter leur style vestimentaire. Leur tenue de prĂ©dilection ? Reconnaissable entre mille. Une jupe ample, des chaussettes courtes plissĂ©es et des chaussures plates.  En observant les courants musicaux apparus au XXᔉ, on constate que l’on peut toujours y associer un style vestimentaire prĂ©cis. Le style “mod” (diminutif de “modernist”) inspirĂ© des sixties (The Kinks, The Who
), le style hippie, le style punk, le look grunge, etc. À chaque dĂ©cennie, son courant musical et les codes vestimentaires qui lui sont associĂ©s. 

Bobby Soxers
Bobby Soxers

QUAND L'HABIT FAIT LE MOINE

Si le style vestimentaire semble indissociable de la personnalitĂ© d’un artiste, c’est parce que l’image est aujourd’hui, plus que jamais, prĂ©pondĂ©rante. Certains clips musicaux ou concerts marquent parfois davantage les esprits que les chansons elles-mĂȘmes. Comment, par exemple, penser Ă  David Bowie sans Ă©voquer ses tenues loufoques, souvent Ă©laborĂ©es par des designers ? Lors du Ziggy Stardust Tour de 1972-1973, David Bowie fait appel au crĂ©ateur Kansai Yamamoto pour ses costumes de scĂšne. Ces vĂȘtements conceptuels inspirĂ©s du kabuki (une forme de thĂ©Ăątre traditionnel japonais) sont aujourd’hui devenus cultes, indissociables de l’image de Bowie. Ce sont d’ailleurs les crĂ©ations colorĂ©es et genderless de Yamamoto, et notamment le costume “Tokyo Pop”, qui ont contribuĂ© Ă  crĂ©er l’identitĂ© de l’alter-Ă©go Ziggy Stardust. 

Du cĂŽtĂ© des clips musicaux, difficile de ne pas Ă©voquer Too Funky, sorti par George Michael en 1992. Le clip, devenu iconique, incarne Ă  merveille l’esthĂ©tique des nineties. Des mannequins de renom (Eva Herzigova, Nadja Auermann, Tyra Banks
) dĂ©filent pour Thierry Mugler dans des tenues lĂ©gĂšres, cĂ©lĂ©brant le corps fĂ©minin. Parmi les tenues, on reconnaĂźt d’ailleurs le fameux bustier motorcycle de Mugler, crĂ©Ă© pour sa ligne printemps/Ă©tĂ© 1992. Ce mĂȘme bustier sera recrĂ©Ă© une quinzaine d’annĂ©es plus tard par Mugler pour BeyoncĂ©, qui le portera sur scĂšne lors de sa tournĂ©e I Am... World Tour. Thierry Mugler jouera d’ailleurs un rĂŽle majeur lors de cette tournĂ©e, en crĂ©ant pas moins de 58 costumes de scĂšne pour l’artiste et son Ă©quipe. Le crĂ©ateur de mode sera Ă©galement nommĂ© directeur artistique, en charge du dĂ©cor et de la conception de la lumiĂšre.Comme David Bowie ou George Michael avant elle, Queen B ne badine pas avec son image. En 2014, Beyonce sort un clip trĂšs remarquĂ© : Yonce. Comme un clin d’Ɠil au clip Freedom 90 de George Michael, la star y invite des mannequins de renom, et porte un sulfureux body orange lacĂ©rĂ©, rĂ©alisĂ© par Tom Ford pour Yves Saint Laurent. 

MY BODY, MY CHOICE

Chanteuse emblĂ©matique des 60s/70s, Cher est Ă©galement une icĂŽne mode qui se distingue, encore aujourd’hui, par son style inimitable. Pourtant, Ă  l’époque des 70s, la diva fait l’objet de nombreuses critiques. La raison ? Ses tenues flamboyantes et osĂ©es, Ă©laborĂ©es par le crĂ©ateur Bob Mackie. Lors de la 59ᔉ cĂ©rĂ©monie des Oscars de 1986, Cher fait notamment une apparition remarquĂ©e. Celle qui doit remettre le prix du meilleur second rĂŽle masculin apparait dans une tenue Ă  sequins trĂšs dĂ©nudĂ©e, composĂ©e d’une jupe longue et d’un mini crop top. Le tout, complĂ©tĂ© d’une coiffe particuliĂšrement extravagante. Un moyen pour la diva de s’affirmer, Ă  une Ă©poque oĂč les tabloĂŻds jasent au sujet de ses tenues sulfureuses et de son mode de vie Ă©mancipĂ©. Car Ă  ce moment, la mode est pour les femmes, aussi adulĂ©es soient-elles, un moyen de s’affranchir des diktats de leur Ă©poque.  

Quelques annĂ©es plus tard, c’est au tour de Madonna de s’affirmer par ses tenues particuliĂšrement provocantes.  Son costume de scĂšne le plus illustre restera sans doute le corset couleur chair crĂ©Ă© en 1990 par Jean-Paul Gaultier, Ă  l’occasion de sa tournĂ©e Blonde Ambition Tour. Avec ce corset, Madonna n’hĂ©site pas Ă  bousculer l’ordre Ă©tabli, en envoyant valser le politiquement correct. Son message est clair : c’est une femme libre de porter ce qu’elle veut. S’il est rĂ©solument avant-gardiste pour l’époque, le message vĂ©hiculĂ© par la star n’en reste pas moins nĂ©cessaire aujourd’hui. En 2021, soit prĂšs de 31 ans aprĂšs la Blonde Ambition Tour de Madonna, les femmes continuent le combat pour disposer de leur corps comme elles l’entendent. Qu’il s’agisse pour les artistes de jouer avec les genres ou les normes Ă©tablies, leur tenue n’est plus simplement un costume d’apparat. Elle devient un moyen de lutter contre le statu quo et la pensĂ©e unique, un moyen d’affirmer ses idĂ©es. N’est-ce pas lĂ , en somme, tout ce qu’on demande Ă  un artiste ?