Musique et mode, un accord parfait

Il y aurait tant de choses à dire sur la relation qui lie la mode à la musique, et inversement. Et ce, depuis au moins un siècle. En 1924, Coco Chanel révolutionnait les costumes de danse en habillant les danseurs du Train Bleu, un ballet russe inspiré du livret de Jean Cocteau. Depuis, la mode n’a cessé d’inspirer les stars de la chanson, les aidant parfois même à forger leur légende. Lumière sur ces artistes qui se sont affirmés par un sens du style unique.

 

JE M'HABILLE DONC JE SUIS

Il est bien naïf de penser que l’aura d’un(e) artiste se résume à ses performances scéniques ou à ses chansons. C’est également par leur forte identité que certains artistes parviennent à marquer les esprits sur le long terme. Et notamment grâce à la mode, qui permet à certain.e.s d’exprimer leur créativité et singularité. Le chapeau emblématique de Slash, les tenues excentriques de Bowie, les costumes violets de Prince… Ces détails a priori secondaires ont contribué à forger leur identité, à les distinguer. 

Un style vestimentaire aussi important pour les artistes que pour les fans, pour lesquels il devient un moyen d’affirmer leur appartenance à un groupe, dont ils partagent les mêmes centres d’intérêt. Prenons l’exemple des “Bobby-Soxers”. Ces adolescentes américaines fans des crooners comme Sinatra se sont mises, dans les années 40, à imiter leur style vestimentaire. Leur tenue de prédilection ? Reconnaissable entre mille. Une jupe ample, des chaussettes courtes plissées et des chaussures plates.  En observant les courants musicaux apparus au XXᵉ, on constate que l’on peut toujours y associer un style vestimentaire précis. Le style “mod” (diminutif de “modernist”) inspiré des sixties (The Kinks, The Who…), le style hippie, le style punk, le look grunge, etc. À chaque décennie, son courant musical et les codes vestimentaires qui lui sont associés. 

Bobby Soxers
Bobby Soxers

QUAND L'HABIT FAIT LE MOINE

Si le style vestimentaire semble indissociable de la personnalité d’un artiste, c’est parce que l’image est aujourd’hui, plus que jamais, prépondérante. Certains clips musicaux ou concerts marquent parfois davantage les esprits que les chansons elles-mêmes. Comment, par exemple, penser à David Bowie sans évoquer ses tenues loufoques, souvent élaborées par des designers ? Lors du Ziggy Stardust Tour de 1972-1973, David Bowie fait appel au créateur Kansai Yamamoto pour ses costumes de scène. Ces vêtements conceptuels inspirés du kabuki (une forme de théâtre traditionnel japonais) sont aujourd’hui devenus cultes, indissociables de l’image de Bowie. Ce sont d’ailleurs les créations colorées et genderless de Yamamoto, et notamment le costume “Tokyo Pop”, qui ont contribué à créer l’identité de l’alter-égo Ziggy Stardust. 

Du côté des clips musicaux, difficile de ne pas évoquer Too Funky, sorti par George Michael en 1992. Le clip, devenu iconique, incarne à merveille l’esthétique des nineties. Des mannequins de renom (Eva Herzigova, Nadja Auermann, Tyra Banks…) défilent pour Thierry Mugler dans des tenues légères, célébrant le corps féminin. Parmi les tenues, on reconnaît d’ailleurs le fameux bustier motorcycle de Mugler, créé pour sa ligne printemps/été 1992. Ce même bustier sera recréé une quinzaine d’années plus tard par Mugler pour Beyoncé, qui le portera sur scène lors de sa tournée I Am... World Tour. Thierry Mugler jouera d’ailleurs un rôle majeur lors de cette tournée, en créant pas moins de 58 costumes de scène pour l’artiste et son équipe. Le créateur de mode sera également nommé directeur artistique, en charge du décor et de la conception de la lumière.Comme David Bowie ou George Michael avant elle, Queen B ne badine pas avec son image. En 2014, Beyonce sort un clip très remarqué : Yonce. Comme un clin d’œil au clip Freedom 90 de George Michael, la star y invite des mannequins de renom, et porte un sulfureux body orange lacéré, réalisé par Tom Ford pour Yves Saint Laurent. 

MY BODY, MY CHOICE

Chanteuse emblématique des 60s/70s, Cher est également une icône mode qui se distingue, encore aujourd’hui, par son style inimitable. Pourtant, à l’époque des 70s, la diva fait l’objet de nombreuses critiques. La raison ? Ses tenues flamboyantes et osées, élaborées par le créateur Bob Mackie. Lors de la 59ᵉ cérémonie des Oscars de 1986, Cher fait notamment une apparition remarquée. Celle qui doit remettre le prix du meilleur second rôle masculin apparait dans une tenue à sequins très dénudée, composée d’une jupe longue et d’un mini crop top. Le tout, complété d’une coiffe particulièrement extravagante. Un moyen pour la diva de s’affirmer, à une époque où les tabloïds jasent au sujet de ses tenues sulfureuses et de son mode de vie émancipé. Car à ce moment, la mode est pour les femmes, aussi adulées soient-elles, un moyen de s’affranchir des diktats de leur époque.  

Quelques années plus tard, c’est au tour de Madonna de s’affirmer par ses tenues particulièrement provocantes.  Son costume de scène le plus illustre restera sans doute le corset couleur chair créé en 1990 par Jean-Paul Gaultier, à l’occasion de sa tournée Blonde Ambition Tour. Avec ce corset, Madonna n’hésite pas à bousculer l’ordre établi, en envoyant valser le politiquement correct. Son message est clair : c’est une femme libre de porter ce qu’elle veut. S’il est résolument avant-gardiste pour l’époque, le message véhiculé par la star n’en reste pas moins nécessaire aujourd’hui. En 2021, soit près de 31 ans après la Blonde Ambition Tour de Madonna, les femmes continuent le combat pour disposer de leur corps comme elles l’entendent. Qu’il s’agisse pour les artistes de jouer avec les genres ou les normes établies, leur tenue n’est plus simplement un costume d’apparat. Elle devient un moyen de lutter contre le statu quo et la pensée unique, un moyen d’affirmer ses idées. N’est-ce pas là, en somme, tout ce qu’on demande à un artiste ?