✨ Pourquoi on adore détester les chansons d’amour ?

Pourquoi on aime les chansons d’amour…


            En majorité, les chansons d’amour sont tristes ; elles parlent plus souvent de ruptures et de doutes que d’aventures pures et parfaites. Qui voudrait entendre une chanteuse ou un chanteur nous éclabousser son bonheur conjugal aux oreilles ? Non. Ce que nous voulons, ce sont des drames. Et ce désir n’est pas si paradoxal, car une équipe de scientifiques ont montré que les chansons tristes nous aident à réguler nos émotions.

En effet, si la tristesse est mise à distance par la musique, et qu’elle est perçue comme “non menaçante”, l’auditeur sécrète de la dopamine (l’hormone du plaisir), développe son empathie (avec l’artiste) et travaille sur ses propres souvenirs et ses propres idées.

Bref, la musique triste est une forme de méditation qui nous aide à faire le tri dans notre esprit !

            Et même quand l’émotion nous submerge, c’est encore positif. Une étude de 2014 montre que pleurer nous remonte le moral, et que si les larmes sont déclenchées par une musique, elles fonctionnent tout aussi bien !

            Et puis, il ne faut pas oublier que les chansons romantiques servent parfois des buts précis. Les fameux slow étaient spécialement conçus pour favoriser les rapprochements amoureux dans les fêtes et les clubs - n’oublions pas qu’à l’époque, les jeunes ne pouvaient pas compter sur leur téléphone pour “matcher” un partenaire ! Et puis, encore aujourd’hui, les chansons d’amour ont des effets très concrets sur nos cœurs et nos cerveaux…

Dans le très sérieux magazine Time, par exemple, on apprend qu’une femme donnerait plus facilement son numéro de téléphone quand elle vient d’entendre une chanson mielleuse !

 

undefined

Pourquoi, en même temps, on les déteste…


            Les chansons d’amour ont une fâcheuse tendance à toutes se ressembler. Certaines astuces sont tellement connues (et recyclées) que la BBC a publié sur Internet un petit guide à l’attention des musiciens : How to Write a Love Song. Comme s’il s’agissait d’une recette de cuisine ! Pour cause, certaines formes mélodiques sont extrêmement banales et reprises un peu partout ; les musiciens connaissent bien l'enchaînement parfait pour une chanson mélancolique (do mineur, ré mineur et mi bémol mineur) ou pour une chanson romantique (la mineur, si bémol mineur, si mineur, sol bémol mineur).

Il existe également une suite d'accords bien rodée qui s’appelle la “Love Progression”. Le pianiste Jonny May nous explique d’ailleurs le secret de son charme : la ligne de basse descend simplement dans les graves, marche après marche. “Cet effet”, dit-il, “crée une intensité émotionnelle spécifique que nous associons aux sentiments profonds, comme l’amour, la tristesse ou la nostalgie.” 

            Si les chansons d’amour peuvent donner l’impression de suivre des formules toutes faites, il peut arriver que les paroles suivent ce schéma.

On pense par exemple à You’re beautiful de James Blunt, dont le refrain pourrait se traduire par : “Tu es belle, tu es belle, tu es belle, c’est vrai.” L’efficacité de ce refrain -que nous avons tous chantonné- n’est plus à démontrer…déconcertant face à la simplicité des mots employés !

            Et si les chansons d’amour sont tant moquées, c’est peut-être qu’elles dominent l’univers de la pop depuis presque un demi-siècle. Le sociologue Chad Swiatowicz l’a prouvé en comparant les chansons les plus populaires des années 1968-1971 avec celles des années 2002-2005. Sa conclusion ? L’amour nous obsède… de plus en plus ! En effet, dans le passé, 50% des chansons parlaient d’amour ; à l’aube des années deux-mille, ce chiffre est passé à 60%.

Et si nous étions simplement en overdose ?

 



Des succès et des ratés


            Certes, nous produisons énormément de chansons d’amour, et beaucoup sont passables. Mais indéniablement, il y en a des pépites mémorables.  

            Tous les trentenaires (ou plus) reconnaissent immédiatement la voix d’Eros Ramazzotti, dont la chanson la plus célèbre s’appelle Più Bella Cosa ; une référence à l’amour, bien sûr, “la plus belle des choses” - et puis le type s’appelle quand même Eros, quoi…💘 Polnareff, lui, a marqué son époque et la chanson française avec ses chansons d’amour (Love me please love me, L'amour avec toi, Goodbye Marylou…).

Outre-manche, Robbie Williams a musicalement bataillé pour ne pas être considéré  comme un “chanteur à minette”, tant ses tubes sentimentaux sont restés dans les têtes (Supreme, She is the One, Love is You) ; il est allé jusqu’à faire de l’ironie sur l’aspect “préfabriqué” des balades romantiques avec Cheap Love Song (en français : “Une chanson d’amour en toc”).

            Bien sûr, le corpus des chansons d’amour est si large qu’il existe un paquet de ratés… Et pas mal de textes ayant mal vieilli. Au Canada, la CBC a dressé la liste des “pires chansons d’amour”, où l’on trouve par exemple You’re having my baby (un homme qui se targue d’avoir mis une femme enceinte) ou bien cette chanson des Crystals au titre glaçant : He hit me and it felt like a kiss (“Il me frappe et ça fait l’effet d’un bisou”). 


 

L’amour court toujours…


            En 2022, plus que jamais, les peines de cœur continuent d’inspirer de grandes chansons. L’Anglais Sam Smith apparaît comme un nouveau maître du genre, prêt à reprendre le flambeau de Robbie Williams, avec des balades comme Too Good at Goodbyes, Stay with ME, ou I'm not the Only.

Son compatriote Lewis Capaldi a récemment fait fureur avec son titre Someone You Loved, battant même tous les records de longévité dans le top 10 britannique. Et pas besoin d’avoir fait Anglais LV1 pour comprendre que Louis Tomlinson avec ses tubes Back to you & Miss you aime aussi vous parler d’amour.

            Les Français ne dérogent pas à leur réputation de lovers. Chez nous, l’album "Coeur" de Clara Luciani vient d’être sacré disque d’or, tandis que la chanteuse fait son grand retour avec une chanson au titre évocateur : C’est l’Amour. Et le dernier album N°9 de Jenifer "Sauve qui aime" avec des sonorités chaudes, sensuelles très 60’s…alors vive l’amour !

            Décidément, ici comme ailleurs, la vague d’amour qui déferle sur la chanson populaire ne semble pas devoir refluer de sitôt.

Modernisées, moins gnangnans et moins problématiques, plus directes et (souvent) plus sexuelles, les chansons romantiques font recette comme jamais.  

Pour notre plus grand plaisir de les adorer… comme de les détester !

undefined